L’histoire controversée du GIEC

GIEC est l’acronyme de Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat. C’est la traduction imparfaite de l’anglais IPCC, pour Intergovernmental Panel on Climate Change. Le mot « experts » n’y apparaît pas. La traduction correcte est Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat.

Le GIEC a été créé en novembre 1988, à la demande du G7, par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sous le patronage du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Il est organisé en trois groupes de travail (GT) :

  • le GT1 (22 membres : 2 co-chairs, 7 vice-chairs, 13 membres TSU(1)) étudie les aspects physiques du changement climatique ;
  • le GT2 (22 membres : 2 co-chairs, 8 vice-chairs, 12 membres TSU) évalue les conséquences du changement climatique sur les systèmes humains et naturels, la vulnérabilité et les possibilités d’adaptation, pour les systèmes socio-économiques comme pour les systèmes naturels ;
  • le GT3 (19 membres : 2 co-chairs, 7 vice-chairs, 10 membres TSU) étudie l’atténuation du changement climatique (comment atténuer l’ampleur du changement climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre).

S’y ajoute une équipe spéciale (« Task Force » : 14 membres dont 2 co-chairs et 9 membres TSU ) pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.

La mission du GIEC est décrite sur le site web de l’organisation(2).

« Le GIEC a pour mission d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. Les rapports du GIEC doivent rendre compte des différentes orientations de façon impartiale, tout en traitant avec objectivité les facteurs scientifiques, techniques et socio-économiques sur lesquels reposent ces orientations ».

Dans cette déclaration il faut souligner la phrase « changement climatique d’origine humaine » : ce n’est donc pas une variable d’investigation mais le point de départ, la raison d’être même du GIEC. Si on devait conclure à l’inexistence d’une contribution anthropique, voire d’un rôle marginal, le GIEC n’aurait plus aucune raison d’exister.

La mission du GIEC n’est pas de produire des nouvelles connaissances scientifiques sur le climat mais de réaliser périodiquement un état des lieux des connaissances. Les rapports du GIEC sont censés fournir aux décideurs politiques les éléments nécessaires pour mettre en place une politique environnementale basée sur les connaissances scientifiques, mais en aucun cas d’intervenir sur ces décisions. Ces limites sont souvent franchies, comme le montrent des prises de positions éminemment politiques de membres du bureau du GIEC.

Le GIEC n’est pas un organisme indépendant, comme le montrent des déclarations de son président de l’époque dans une interview au journal « The Gardian » du 19 septembre 2013(3).

« Nous sommes un organisme intergouvernemental et nous faisons ce que les gouvernements du monde entier veulent que nous fassions. Si les gouvernements décidaient que nous devrions agir différemment et proposer une gamme de produits radicalement différente, nous nous plierions à leurs volontés. »

Le budget du GIEC

Le Tableau 1 montre le budget du GIEC depuis 1989, en francs suisses (CHF)(4). La France, avec une contribution totale de 11 330 406 CHF, est le cinquième contributeur au budget du GIEC, derrière les États-Unis (53 390 239), l’UE (12 565 487 CHF), l’UNFCC(5) (12 305 279) et l’Allemagne (12 140 358 CHF). On remarquera que la Chine. premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, n’a contribué qu’avec 285 320 CHF. Ce budget va dans doute être sévèrement affecté par la décision de la présidence américaine du 7 janvier 2026 suite à laquelle les États-Unis se retirent d’un grand nombre d’organismes de l’ONU, dont le GIEC et l’UNFCC(6).

Tableau 1: Le budget du GIEC depuis sa création

1989-2009201020112012
107 389 722 CHF7 810 523 CHF8 636 814 CHF5 911 962 CHF
2013201420152016
7 093 991 CHF4 409 700 CHF4 328 947 CHF4 382 840 CHF
2017201820192020
4 622 200 CHF13 767 387 CHF5 397 071 CHF4 141 435 CHF
2021202220232024
6 650 131 CHF7 986 423 CHF8 809 941 CHF5 289 881 CHF

Total : 206 708 969 CHF

Les rapports du GIEC

Le GIEC publie périodiquement des rapports connus sous l’acronyme ARX : AR = Assessement Report (« rapport d’évaluation ») et X = 1 à 6 (le sixième étant le dernier publié à présent)(7). Chaque groupe de travail (GT) publie son propre rapport d’évaluation (ARX-GT1, ARX-GT2, ARX-GT3), ainsi qu’un résumé technique et un résumé pour les décideurs. À cela s’ajoute un rapport der synthèse, lui aussi avec son résumé pour les décideurs (Tableau 2).

Il va de soi que personne ne lit les 2409+3068+2042 = 7159 pages des rapports complets des trois groupes de travail du AR6. Les journalistes scientifiques lisent peut-être le rapport de synthèse. Les politiciens se limitent aux résumés pour les décideurs, c’est-à-dire 32+34+56 = 122 pages. Il est important de connaître comment ces résumés sont conçus.

Tableau 2: Les chiffres des rapports du GIEC. RT = résumé technique ; RD = résumé pour les décideurs.

Les scientifiques n’écrivent qu’une esquisse des résumés pour les décideurs. Les textes finaux sont décidés dans des réunions plénières du GIEC, dans lesquelles chaque mot fait l’objet de discussions acharnées : chaque phrase est projetée sur des grands écrans devant les représentants de plus de 100 gouvernements. Ces réunions se tiennent à huis clos ; des représentants de différentes ONG sont autorisés à y assister mais les journalistes y sont interdits. Et une fois que le texte des résumés pour les décideurs a atteint sa version définitive, les rapports complets sont modifiés afin d’assurer leur cohérence avec les textes votés dans les meetings(8). Ainsi, au lieu d’adapter les versions pour les politiques au contenu scientifique sous-jacente, le GIEC adapte le contenu scientifique au contenu du texte qui sera soumis aux décideurs.

Un président très controversé

Le Tableau 3 liste les présidents du GIEC jusqu’à présent.

Tableau 3: Les présidents du GIEC

1988-1997Bert BolinSuède
1997-2002Robert Tony WatsonAngleterre (Royaume-Uni)
2002-2015Rajendra Kumar PachauriInde
2015-2023Hoesung LeeCorée
2023-présentJim SkeaÉcosse

La plus longue présidence est celle de Rajendra Kumar Pachauri, qui a fait l’objet d’une enquête dont le résultat a été publié dans un livre(9). Sous sa direction, les AR4 et AR5 ont été publiés ; l’AR4 a fait l’objet de tellement de critiques que l’ONU a été obligée de mettre en place un comité d’évaluation du GIEC.

Pachauri a été critiqué pour avoir pris des positions visant à influencer les décisions politiques, alors que le GIEC devrait se limiter à fournir un état des lieux des connaissances sur le climat. Il a également dû s’excuser et retirer ses affirmations sur la fonte des glaciers de l’Himalaya, ainsi que des affirmations complètement erronées sur le fait que ce serait l’eau de fonte des glaciers qui permet la culture irriguée dans les plaines très densément peuplées de l’Inde, du Bangladesh, de la Birmanie, de la péninsule indochinoise et de la Chine(10). Il a également été visé par des accusations de conflits d’intérêts et d’enrichissement personnel. De nombreux appels à la démission sont restés lettre morte, jusqu’en 2015, quand il a été obligé de quitter ses fonctions, faisant l’objet d’une plainte d’une ancienne employée pour harcèlement sexuel(11). Il est décédé le 13 février 2020 à l’âge de 79 ans.

Sélection des auteurs et critiques des affirmations du GIEC

Les rapports de GIEC sont coécrits par un grand nombre d’auteurs divisés en trois catégories :

  • Coordinating Lead Author / Convening Lead Author : responsable d’un chapitre entier. Le terme « convening » est utilisé pour les auteurs responsables d’un chapitre lors des premières éditions des rapports.
  • Lead Author : auteur d’un texte conséquent.
  • Contributing Author : fourni des connaissances complémentaires.

Aux auteurs il faut ajouter les Review Editors, chargés de choisir les arbitres extérieurs pour l’évaluation des différents chapitres des rapports.

In 2007, Pachauri affirma(12), à propos des auteurs sélectionnés par le GIEC :

« Ce sont des personnes qui ont été choisies en fonction de leurs antécédents professionnels, de leurs publications, des recherches qu’elles ont menées… Ce sont des personnes qui sont au sommet de leur profession… »

En 2009, lors d’un témoignage devant un comité des États-Unis(13), il a affirmé :

« Le fonctionnement objectif et transparent du GIEC, qui mobilise les meilleurs talents disponibles à travers le monde, devrait convaincre toute personne rationnelle de la solidité de ses conclusions. »

La réalité est bien différente.

Des débutants à des postes de responsabilité

Les quelques exemples qui suivent pour le choix de personnes sans expérience pour contribuer, voir diriger des chapitres des rapports du GIEC, ne peut que surprendre.

  • Richard Klein a obtenu son Master en 1992 à l’age de 23 ans et a travaillé comme militant pour Greenpeace. En 1994, à l’age de 25 ans il a été recruté comme Lead Author du GIEC. En 1997, à l’age de 28 ans et six ans avant d’obtenir son doctorat (en 2003) il a été promu Coordinating Lead Author.
  • Malte Meinshausen a été Contributing Author aux chapitres 8 et 10 du AR4-GT1, au chapitre 2 du AR4-GT2 et arbitre pour le AR4-GT2, publiés en 2007. Il n’a obtenu son doctorat qu’en 2005.
  • Laurens Bouwer a travaillé aux rapports du GIEC en qualité de Lead Author entre 1999 et 2000, avant d’obtenir son Master en 2001 (et son doctorat en 2010).
  • Lisa Alexander a été Contributing Author en 2001 (AR3) et Lead Author en 2007 (AR4) avant d’obtenir son doctorat en 2009.
  • Sari Kovats a été sélectionnée en 1994 pour contribuer au chapitre 18 su AR2-GT2 sur la santé de populations humaines, 16 ans avant d’obtenir son doctorat (2010) et trois ans avant de publier son premier article.
  • Jonathan Patz a contribué au même chapitre que Sari Kovats. Il a obtenu son Master en 1992 et a publié son premier article en 1995, un an après avoir été choisi par le GIEC.

Le choix de débutants sans expérience s’accompagne de la mise à l’écart d’experts de renommée mondiale mais n’épousent pas forcément la thèse du réchauffement climatique d’origine anthropique, en contradiction flagrante avec la déclaration selon laquelle « [l]es rapports du GIEC doivent rendre compte des différentes orientations de façon impartiale ». Il n’est guère surprenant que ces choix finissent par produire des résultats décevant et ternissent la réputation du GIEC, comme le montrent les quelques témoignages ci-dessous.

Deux experts des ouragans écartés

Le 28 septembre 2005, lors d’une audition devant le comité sur l’environnement et les travaux publics du sénat des États-Unis, le Dr William Gray, du département des sciences atmosphériques de l’Université du Colorado, déclara(14) :

Beaucoup de mes collègues météorologues plus âgés sont très sceptiques quant à ces scénarios de réchauffement climatique anthropique. Mais on nous demande rarement notre avis. Malgré mes 50 ans d’expérience en météorologie et mes nombreuses années d’implication dans la prévision saisonnière des ouragans et du climat, je n’ai jamais été sollicité pour donner mon avis sur aucun des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ils connaissent mon point de vue et ne souhaitent pas avoir à en tenir compte. Beaucoup d’autres météorologues et climatologues expérimentés mais sceptiques sont également ignorés. Je trouve que les conclusions présentées dans la page de résumé des rapports du GIEC ne correspondent souvent pas aux nombreuses données factuelles qu’ils contiennent. En fait, les conclusions résumées de nombreux rapports du GIEC donnent l’impression d’avoir été rédigées avant même que les recherches ne soient menées à bien.

Christ Landsea est un expert des ouragans basé en Floride. Landsea a été Contributing Author et expert évaluateur pour les éditions 1995 et 2001 du AR2 et du AR3. Fin 2004, il a de nouveau été invité à rédiger une brève section sur les ouragans. L’invitation lui a été adressée par le responsable du chapitre concerné du GIEC de ce qui allait devenir le AR4, Kevin Trenberth. Dans une interview(15), Trenberth a été décrit comme un « modélisateur climatique et initié du GIEC ». Landsea et Trenberth sont tous deux météorologues, mais, contrairement à Trenbertgh, toute la carrière de Landsea s’est concentrée sur les ouragans. Quelques semaines après avoir été contacté, Landsea a été surpris d’apprendre que Trenberth avait l’intention de participer à une conférence de presse téléphonique au cours de laquelle il serait annoncé que, selon les experts, le réchauffement climatique continuerait à provoquer « davantage d’épisodes d’activité cyclonique intense ». Landsea a envoyé le 21 octobre 2004 un courriel, qui peut encore être consulté en ligne(16) adressé conjointement à Trenberth et à une deuxième collègue, Linda Mearns (qui finalement ne participera pas à la conférence de presse qui a suivi, peut-être en raison des préoccupations de Landsea), dans lequel il a fait remarquer que ni eux, ni les trois autres personnes qui devaient participer à la conférence de presse, n’avaient jamais publié d’article de recherche sur la relation entre les ouragans et le changement climatique. Le courriel de Landsea fournissait un bref aperçu de ce sujet. Il commençait par cette déclaration : « Aucune étude scientifique connue ne démontre l’existence d’un lien physique concluant entre le réchauffement climatique et la fréquence et l’intensité des ouragans ». Malgré la mise en garde de Landsea, la conférence de presse affirma que les tempêtes, sécheresses, vagues de chaleurs étaient « probablement provoquées par le changement climatique ». Landsea réagit le 5 novembre 2004(16) avec un autre courriel, adressé à 15 collègues « seniors » et membres du GIEC, à Pachauri, cc Trenberth, affirmant :

Où sont les données scientifiques et les publications évaluées par des pairs qui corroborent ces déclarations ? À quelles études fait-on allusion qui ont démontré un lien entre les tendances observées en matière de réchauffement climatique sur Terre et les tendances à long terme de l’activité cyclonique tropicale ? À ma connaissance, il n’y en a aucune […]

Le Lead Author du chapitre consacré aux observations semble être déjà parvenu à la conclusion que le réchauffement climatique a modifié l’activité des ouragans et l’a déclaré publiquement. Cela ne reflète pas le consensus qui règne au sein de la communauté scientifique spécialisée dans l’étude des ouragans. Je crains qu’il ne soit plus possible, à ce stade, de garantir l’objectivité du processus du GIEC en ce qui concerne l’activité des ouragans.

Landsea finira par démissionner de son rôle au sein du GIEC face l’impossibilité de corriger les prises de positions de ses collègues.

Des fausses affirmations sur le paludisme

Le 31 mars 2005, le Pr Pauel Reiter de l’Institut Pasteur de Paris, spécialiste dans l’histoire naturelle et la biologie de moustiques, témoigna devant la commission spéciale des affaires économiques du parlement britannique(17) à propos des chapitres « santé » des AR2-GT2 et AR3-GT2, où la diffusion du paludisme est mise en relation avec le changement climatique. Le témoignage est tellement instructif qu’il mérite d’être cité in extenso.

La littérature scientifique sur les maladies transmises par les moustiques est abondante, mais les références bibliographiques citées dans ce chapitre se limitaient à une poignée d’articles, dont beaucoup étaient relativement obscurs et suggéraient presque tous une augmentation de la prévalence de ces maladies dans un climat plus chaud. Le manque d’informations n’était guère surprenant : aucun des auteurs principaux n’avait jamais rédigé d’article de recherche sur le sujet ! De plus, deux des auteurs, tous deux médecins, avaient passé toute leur carrière comme militants écologistes. L’un d’eux a publié des articles « professionnels » en tant qu’« expert » sur 32 sujets différents, allant de l’empoisonnement au mercure aux mines terrestres, en passant par la mondialisation, les allergies, le virus du Nil occidental et le sida.

Parmi les auteurs ayant contribué à cet ouvrage, on comptait un entomologiste professionnel et une personne qui avait rédigé un article obscur sur la dengue et El Niño, mais dont l’intérêt principal portait sur l’efficacité des casques de moto (ainsi qu’un article sur les effets des téléphones portables sur la santé).

Le texte amateur de ce chapitre reflétait les connaissances limitées des 22 auteurs. L’accent était principalement mis sur « les changements dans la répartition géographique (latitude et altitude) et l’incidence (intensité et saisonnalité) de nombreuses maladies à transmission vectorielle » tels que « prédits » par des modèles informatiques. Ces modèles ont fait l’objet d’une couverture médiatique importante, bien qu’ils soient tous basés sur un modèle très simpliste initialement développé pour aider à la lutte contre le paludisme. Les auteurs ont reconnu que les modèles ne tenaient pas compte de « l’influence des circonstances démographiques, socio-économiques et techniques locales ».

Parmi les indices flagrants de l’ignorance des auteurs, on peut citer l’affirmation selon laquelle « bien que les espèces de moustiques anophèles vecteurs du paludisme ne survivent généralement pas lorsque la température moyenne hivernale descend en dessous de 16-18 °C, certaines espèces vivant à des latitudes plus élevées sont capables d’hiberner dans des sites abrités ». En réalité, de nombreuses espèces tropicales doivent survivre à des températures inférieures à cette limite, et de nombreuses espèces tempérées peuvent survivre à des températures de -25 °C, même dans des endroits « relativement exposés ».’

Les auteurs ont également affirmé que le changement climatique entraînait déjà une progression du paludisme vers des altitudes plus élevées (par exemple au Rwanda). Ils ont cité des informations publiées par des non-spécialistes qui avaient été vivement dénoncées dans la littérature scientifique. Au cours des années qui ont suivi, ces affirmations ont été reprises à plusieurs reprises par des militants écologistes, malgré les enquêtes rigoureuses menées et les preuves contraires accablantes fournies par certains des plus grands spécialistes mondiaux du paludisme. De plus, les modèles climatiques suggèrent que les changements de température seront relativement faibles sous les tropiques, et les données météorologiques soigneusement enregistrées, par exemple dans les plantations de thé Brook-Bond au Kenya, ne montrent aucun réchauffement démontrable depuis les années 1920. Les auteurs du GIEC ont même affirmé qu’ « une augmentation relativement faible de la température hivernale » au Kenya (!) « pourrait étendre l’habitat des moustiques et permettre . . . que le paludisme dépasse la limite d’altitude habituelle d’environ 2 500 m pour atteindre les grandes populations urbaines des hauts plateaux exemptes de paludisme, par exemple Nairobi ». Et ce, malgré le fait que dans les années 1960, les moustiques étaient présents au-dessus de 3 000 m et que Nairobi ne se trouve qu’à 1 600 m !

[…] En résumé, le traitement de cette question par le GIEC était mal informé, partial et scientifiquement inacceptable.

Des affirmations infondées sur l’élévation du niveau de la mer

On retrouve le même niveau d’amateurisme concernant le niveau de la mer. Le Pr Nils-Axel Mörner, directeur de l’Institut de Paleogéophysique et Géodynamique de l’Université de Stockholm, ancien président de la commission INQUA (International Union for Quaternary Research) sur le changement du niveau de la mer et l’évolution côtière, et directeur du projet sur le niveau de la mer aux Maldives, rendit le 30 mars 2005 un autre témoignage devant la commission spéciale des affaires économiques du parlement britannique(18). Voici un large extrait.

L’idée directrice est qu’il existe une relation linéaire entre l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère et la température mondiale. Or, le fait est que la température a constamment fluctué. De 1850 à 1970, on observe une relation presque linéaire avec la variabilité solaire, et non avec le CO2. Au cours des 30 dernières années, nos ensembles de données ont été tellement contaminés par des interprétations et des choix personnels qu’il est presque impossible de faire le tri entre les données fiables et celles qui ne le sont pas.

Dans le cadre du concept du réchauffement climatique, on n’a cessé d’affirmer qu’il y aurait une élévation causale du niveau de la mer, une élévation qui est déjà en phase d’accélération, et qui, dans un avenir proche, provoquerait des inondations catastrophiques et étendues dans les zones côtières et les îles de faible altitude. « Ce sera la mort de notre nation », déclare le président des Maldives, et les habitants de Tuvalu, dans le Pacifique, affirment que les inondations ont déjà commencé.

[…] Il est vrai que le niveau de la mer a augmenté de l’ordre de 10 à 11 cm entre 1850 et 1940 en raison de la variabilité solaire et des changements connexes de la température mondiale et du volume glaciaire. De 1940 à 1970, il a cessé d’augmenter, voire a légèrement baissé. Au cours des 10 à 15 dernières années, nous ne constatons aucun signe réel d’élévation, et encore moins d’accélération de l’élévation (comme le prétend le GIEC), mais seulement une variabilité autour de zéro.

Grâce à la mission satellite TOPEX/POSEIDON lancée en 1992, nous disposons désormais de nouveaux moyens pour enregistrer les variations réelles du niveau de la mer. Les données enregistrées entre 1992 et début 2000 ne montrent aucun signe d’élévation du niveau de la mer ; elles indiquent une variabilité autour de zéro, ainsi qu’un épisode ENSO [El Niño] majeur, même en 1997.

[…] On dit souvent que Tuvalu, dans le Pacifique, est déjà en phase d’inondation. Cependant, les relevés du marégraphe pour les 25 dernières années ne montrent aucune élévation. La vérité semble être que l’industrie japonaise de l’ananas a prélevé trop d’eau douce, ce qui a forcé l’eau salée à envahir le sous-sol.

Venise est connue pour ses problèmes d’inondations. Elle est située dans une zone deltaïque soumise à un affaissement. Par conséquent, les variations du niveau de la mer se superposent à une tendance à l’affaissement à long terme. Toute élévation du niveau de la mer aggraverait immédiatement la situation. Au cours des 30 dernières années, aucun signe d’élévation ou d’accélération de l’élévation n’a été observé, au contraire, le niveau de la mer a baissé (en partie grâce à des travaux d’ingénierie).

En conclusion, les données d’observation ne corroborent pas le scénario de l’élévation du niveau de la mer. Au contraire, elles le contredisent fortement. Nous devrions donc libérer le monde de la condamnation d’être largement inondé dans un avenir proche.
Il existe des problèmes naturels plus urgents à prendre en compte sur la planète Terre, tels que les tsunamis, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, etc.

Sélection de la littérature

Les résultats de la recherche scientifique sont publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture, après une analyse critique de la part d’au moins deux experts, normalement anonymes, choisis par les éditeurs de la revue à laquelle le manuscrit est envoyé. Ce processus est connu sous le terme anglais de « peer review » (arbitrage par les pairs).

Pachauri, le controversé président du GIEC de 2002 à 2015, a affirmé à plusieurs reprises que le GIEC ne prend en compte que la littérature « peer review ».

Richard Tol, contributeur aux travaux du GIEC, a attiré l’attention sur le fait que plusieurs affirmations dans le AR4 sont en réalité biaisées et basées sur de la littérature grise(20,21). Un audit citoyen de la littérature utilisée dans le AR4 a donné le résultat est montré dans le Tableau 4 ; détails dans la référence(8,22).

Tableau 4: Analyse de la littérature grise dans le AR4


Nombre total de référencesNombre de références « grises »% de références « grises »
GT162264317%
GT28272284934%
GT34033230757%
Total18 541558730%

L’utilisation extensive de la littérature grise est loin d’être le seul problème reproché au GIEC : la sélection de littérature favorable à la thèse soutenue et l’exclusion de littérature allant à son encontre est une pratique bien plus grave, comme le montrent les témoignages de la section précédente.

Influence des lobbies

La relation inappropriée entre les militants et le GIEC est un autre facteur qui montre que cet organisme est loin d’être impartial, comme le voudrait sa mission. L’avant-propos d’une publication de Greenpeace datant de 2007 a été rédigé par nul autre que Rajendra Kumar Pachauri, le président du GIEC de l’époque(23). À la fin de ses remarques, à côté de sa photo, il n’est pas présenté comme un particulier exprimant des opinions personnelles, mais comme le président du GIEC. L’année suivante, Pachauri récidive et rédige une autre préface pour une autre publication de Greenpeace(24).

Richard Klein et Malte Meinshausen ont travaillé pour Greenpeace, comme militant le premier et comme membre du groupe thématique sur le climat le deuxième.

William (Bill) Hare a été porte-parole de Greenpeace depuis 1992, directeur de la politique climatique de la même ONG, et a travaillé comme Lead Author du chapitre 1 du AR4-GT3, arbitre pour le AR4-GT1, et membre du « core writing team » du rapport de synthèse du AR4.

Ove Hoegh-Guldberg a été Contributing Author du chapitre 11 du AR4-GT2, Lead Author du résumé technique et Contributing Author du résumé pour les décideurs, des chapitres 6 et 18 et de plusieurs sections transversales (« cross-chapter boxes ») et Coordinating Lead Author du chapitre 30 du AR5-GT2, Review Editor du chapitre 11 du AR6-GT2. Expert des récifs, il a des liens étroits avec des ONG. Entre 1994 et 2000 il a écrit quatre rapports financés et publiés par Greenpeace, puis deux par le WWF.

Richard Moss, ancien vice-président du WWF, a participé en juin 2009 à l’extension des scénarios RCP(25). avec la double casquette WWE/GIEC(26). En juin 2010 le GIEC l’a nommé Review Editor du chapitre 15 du AR5-GT2

Évaluation des méthodes du GIEC

Les problèmes et les incohérences décrites dans les sections précédentes ne pouvaient pas passer indéfiniment sous les radars. En mars 2010 les Nations Unies et le GIEC lui-même ont demandé à l’InterAcademy Council (IAC)(27) de constituer un comité chargé d’examiner les processus et procédures du GIEC et de formuler des recommandations de changements susceptibles de renforcer le caractère faisant autorité des rapports du GIEC.

En mai 2010, le conseil d’administration de l’IAC a nommé un comité d’examen composé de douze experts issus de plusieurs pays et de diverses disciplines. De mai à juillet 2010, le comité d’examen s’est réuni à trois reprises. Des commentaires ont également été recueillis au moyen d’entretiens approfondis et d’un questionnaire largement diffusé sur Internet afin que le public puisse donner son avis.

Le rapport final(28) de 103 pages intègre la réponse du comité à un processus approfondi d’examen du rapport de l’IAC mené en août 2010, auquel ont participé douze experts et deux scientifiques qui ont joué le rôle de superviseurs de l’examen. Les réponses aux questionnaires constituent un document de 678 pages que l’on peut encore trouver via des archives web(29). Plusieurs critiques aux méthodes du GIEC ressortent de cette évaluation : l’utilisation de littérature grise, le fait que les auteurs des chapitres sont libres de prendre en compte ou pas les critiques reçues de la part des arbitres, la manière dont les incertitudes sont traitées dans l’obtention des conclusions publiées, le manque de transparence. Le comité a recommandé l’établissement d’un comité exécutif incluant au moins trois personnalités indépendantes, extérieures à la communauté climatique : un tel comité a bien été mis en place, mais composé exclusivement de membres faisant déjà partie de la même communauté.

Si le rapport d’évaluation se révèle très instructif sur les pratiques du GIEC, certaines réponses au questionnaire sont exemplaires.

Les personnes ayant une expérience directe du GIEC ont dénoncé le fait que l’excellence scientifique n’est pas la seule raison pour laquelle des individus sont invités à participer. Le GIEC se préoccupe des mêmes questions que les autres organismes des Nations Unies, telles que la diversité, l’équilibre entre les sexes, la représentation régionale, le degré de représentation des pays en développement par rapport aux pays développés. Le Tableau 5 présente une sélection de réponses au questionnaire.

Tableau 5: Exemples des réponses au questionnaire du comité d’évaluation du GIEC.

16CLA, LALe GIEC s’efforce de promouvoir la diversité géographique. Il s’agit là d’un critère important, mais qui n’est pas suffisant pour choisir un auteur principal. Il en résulte que certains auteurs principaux (généralement, mais pas toujours, issus de pays en développement) ne sont manifestement pas qualifiés pour occuper cette fonction et ne sont pas en mesure de contribuer de manière significative à la rédaction du chapitre. Cela pose problème pour diverses raisons.
138CA, RE, CLA, LA (chapitres des résumés techniques, des résumés pour les décideurs, du rapport de synthèse. Membre des scoping teams (groupes de planification), participant aux réunions d’évaluation des résumés pour les décideurs et du rapport de synthèse.Il y a beaucoup trop de nominations politiquement correctes, de sorte que l’on nomme des scientifiques issus de pays en développement qui n’ont pas les compétences scientifiques suffisantes pour faire quoi que ce soit d’utile. Cela peut se comprendre si l’on considère qu’il s’agit d’une expérience d’apprentissage, mais dans mon chapitre du quatrième rapport d’évaluation, la moitié des auteurs principaux n’étaient pas compétents. Cela a imposé une charge énorme aux auteurs principaux coordinateurs.
295-296LA, CLA, RE LA, CLA de rapports spéciauxOn n’accorde pas beaucoup d’attention à la constitution de bonnes équipes, et la moitié des auteurs sont là simplement pour représenter différentes parties du monde. Cela rend les groupes d’auteurs très importants et souvent inefficaces, deux ou trois auteurs par chapitre continuant à faire tout le travail. De plus, ce sont les pays qui désignent les auteurs, et parfois ils ne désignent pas des scientifiques purs, mais des personnes également impliquées dans les négociations de la COP. […] Le temps effectif consacré à la rédaction entre les réunions est court, et les échanges entre les chapitres sont minimes. Les échanges entre les groupes de travail sont encore plus rares.
330LALes membres de l’équipe issus des pays en développement (dont je fais partie) ont été accueillis chaleureusement et acceptés comme faisant partie intégrante de l’équipe. En réalité, nous n’avions pas les capacités intellectuelles nécessaires pour contribuer de manière significative au processus.
554LA, membre du bureau du GIECL’ensemble du processus est entaché par un souci excessif d’équilibre géographique. Toutes les décisions sont politiques avant d’être scientifiques.

*Légende. CLA : Coordinating Lead Author / Convening Lead Author ; LA : Lead Author ; CA : Contributing Author ; RE : Review Editor.

Notes et références

1 Technical Support Unit : unité de soutien technique.

2 https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/09/ipcc_principles_fr.pdf

3 IPCC chairman dismisses climate report spoiler campaign. The Guardian, 19 septembre 2013, https://www.theguardian.com/environment/2013/sep/19/ipcc-chairman-climate-report

4 https://apps.ipcc.ch/eventmanager/documents/88/180220250655-Doc.%202,%20Rev.1%20-%20IPCC%20Programme%20and%20Budget.pdf

5 United Nations Framework Convention on Climate Change (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), est l’une des trois conventions adoptées au Sommet de la Terre de Rio, en 1992. Elle est administrée par l’ONU et constitue le premier cadre de coopération internationale important reconnaissant l’existence et les impacts des changements climatiques. Son objectif ultime est de « stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique », Source : https://unfccc.int/fr/processus-et-reunions/qu-est-ce-que-la-ccnucc-la-convention-cadre-des-nations-unies-sur-les-changements-climatiques

6 https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2026/01/withdrawing-the-united-states-from-international-organizations-conventions-and-treaties-that-are-contrary-to-the-interests-of-the-united-states/

7 Tous les rapports sont disponibles à l’adresse https://www.ipcc.ch/reports/ Les trois premiers rapports sont plus communément connus sous les acronymes FAR, SAR et TAR, où F = first, S = second, T = third.

8 Donna Laframboise, The delinquent teenager who was mistaken for the world’s top climate expert. CreateSpace Independent Publishing Platform, 28 octobre 2011, ISBN-10 ‏ : ‎ 1466453486, ISBN-13 ‏ : ‎ 978-1466453487.

9 Donna Laframboise, Into the Dustbin: Rajendra Pachauri, the Climate Report & the Nobel Peace Prize. 8 septembre 2013, Ivy Avenue Press, 250 pages

10 Tabeaud M, Browaeys X, Réchauffement climatique : les lacunes du président du Giec. Nouvel Obs, Rue89, 15 février 2010 https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-planete/20100215.RUE5004/rechauffement-climatique-les-lacunes-du-president-du-giec.html

11 Julien Bouissou, Accusé de harcèlement sexuel, le président du GIEC Rajendra Pachauri démissionne, Le Monde, 23 février 2015, https://www.lemonde.fr/planete/article/2015/02/24/le-president-du-giec-en-pleine-tempete_4582117_3244.html

12 https://www.rediff.com/news/2007/jun/05inter.htm

13 https://www.epw.senate.gov/public/_cache/files/d/8/d8c3fda8-d987-4d98-be99-c2c06395dfc4/BF9D594B66EBA773D15F23EC2FEC547786CB6ADB4C2DD1862C0C90B6D44D8B5A.pachauritestimony.pdf

14 https://www.epw.senate.gov/public/index.cfm/hearings?Id=E00DDE50-802A-23AD-436F-443DA217C01E&Statement_id=CD701C3D-4F5A-4147-B391-EB43C714C86D

15 https://www.webcitation.org/5zwsFIkcL

16 https://www.webcitation.org/5zxLvRrfx

17 https://publications.parliament.uk/pa/ld200506/ldselect/ldeconaf/12/12we21.htm

18 https://publications.parliament.uk/pa/ld200506/ldselect/ldeconaf/12/12we18.htm

19 https://shs.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-1-page-28

20 La littérature grise, terme générique, désigne les documents produits par l’administration, l’industrie, l’enseignement supérieur et la recherche, les services, les ONG, les associations, etc., qui n’entrent pas dans les circuits habituels d’édition et de distribution.

21 https://rogerpielkejr.blogspot.com/2010/03/bias-in-ipcc-wgiii-guest-post-by.html

22 Le total cité dans est de 18 531 au lieu de 18 541 ; cette erreur ne modifie pas les pourcentages.

23 https://www.greenpeace.org/static/planet4-history-aotearoa-stateless/2021/09/e2cd0751-nz-energy-revolution-report.pdf

24https://nofrakkingconsensus.com/wp-content/uploads/2011/10/energyrevolution_greenpeace_pachauri_forword_2008_5_pages_only.pdf

25 https://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A9nario_RCP

26 https://www.webcitation.org/619nDmlL9

27 Le IAC a été créé en 2000 par le InterAcademy Panel, aujourd’hui InterAcademy Partnership, le réseau global des académies de science, ingénierie et médecine ayant comme mission de fournir des avis d’expertise indépendants.

28 https://www.interacademies.org/publication/climate-change-assessments-review-processes-procedures-ipcc

29 https://web.archive.org/web/20110125154240/https://reviewipcc.interacademycouncil.net/Comments.pdf

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